CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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FRANCE: Mon village kurde en Auvergne

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Bourg LasticIls paraissaient venus d’un autre monde, les Auvergnats n’en croyaient pas leurs yeux. Turbans à damier, large pantalons, bande d’étoffe en guise de ceinture pour les hommes ; fichus masquant les cheveux et longues robes chatoyantes pour les femmes : les trois cent trente-cinq réfugiés kurdes ont fait sensation. Arrivés la semaine dernière à Clermont-Ferrand, ils devraient passer deux mois au camp de Bourg-Lastic, réservé aux manœuvres de l’armée de terre, en attendant leur insertion définitive.

De fait, les quarante-neuf familles débarquent d’une autre planète, où règnent la guerre et la terreur. Et c’est les larmes aux yeux qu’ils évoquent leur exode. Fuyant leur pays, le Kurdistan irakien, sous les obus et les gaz asphyxiants, ils ont marché jour et nuit jusqu’à la frontière turque en abandonnant tous leurs biens. " Que pouvions-nous faire d’autre ? demande Hussein, la mort nous poursuivait ".

Du bourg où il vivait, Bamarné, au nord du pays, ne subsiste plus qu’un tas de décombres. Les bombes de l’aviation irakienne n’ont pas laissé un mur debout. Hussein est parti en laissant derrière lui ses biens, sa maison, une vingtaine d’hectares plantés de pommiers, de pêchers, d’amandiers et de vignes. Comme Viyan, partie en pleine nuit avec son mari instituteur et leurs cinq enfants : " Je courais, un bébé sous chaque bras, les autres suivaient " ; comme Rabia, dont le plus jeune fils, Khameguire, a terriblement souffert pendant l’exode: "Pendant quatre jours, nous avons marché sans nous arrêter, et je n’avais rien, absolument rien, à lui donner à manger ".

Le camp de Mardin

Comme beaucoup d’autres, Hussein s’est retrouvé au camp de Mardin, dans le sud- est de la Turquie. Tous en gardent un souvenir douloureux. Un an sous la tente, à patauger dans la boue lorsqu’il pleut, à suffoquer l’été par 50°C, à casser la glace l’hiver , à manger de la poussière quand le vent soufflait. "C’est seulement au bout de trois mois qu’on a commencé à nous distribuer un peu de lait", dit Rabia. Des incidents graves ont eu lieu à Mardin – ne parle-t-on pas de deux mille personnes empoisonnées par du pain suspect – aussi, après la visite de Mme Danielle Mitterrand au camp, en mai dernier, six cents lettres lui ont été adressées par les réfugiés kurdes, la moitié exprimant le souhait d’être accueillis en France. C’est aujourd’hui fait.

Du linge sèche aux fenêtres, un chant mélancolique s’élève d’un baraquement, les Kurdes réapprennent à vivre. Eux qui avaient appris à redouter les porteurs d’uniformes – qu’ils soient irakiens ou turcs – découvrent dans les hommes du 92e régiment d’infanterie des amis. Au début, les militaires leur ont distribué des rations musulmanes de combat, et en voyant pour la première fois des sardines et du thon – inconnus dans leur pays – certains réfugiés ont été décontenancés. Ils n’ont pourtant rien dit. Car ils savent que d’autres surprises, d’autres chocs culturels les attendent. Les monts d’Auvergne ont beau rappeler à quelques-uns leur verdoyante région natale, la France, dont ils savaient seulement qu’elle était libre et démocratique, est totalement nouvelle pour eux. Pourtant, une semaine seulement après leur arrivée, les enfants kurdes apprennent leurs premiers mots de français avec des animateurs du ministère de la Jeunesse et des Sports, et le capitaine Delpont, qui coordonne cette mission Bourg Lasticd’accueil, les salue en les croisant d’un Roj Bash ! bien senti. Des interprètes de l’Institut kurde, venus de Paris, facilitent les communications entre réfugiés et soldats. L’un de ces interprètes bénévoles, Moussa, qui est anthropologue, fait remarquer la différence entre les prénoms des aînés et ceux de leurs enfants : les uns, Esman, la voûte céleste ; Safia, la pureté ; Goulizar, la rose jaune – sont synonymes d’harmonie paisible et de bonheur. Les autres - Be Ouar, sans patrie ; Kovan, désespoir ; Naline, lamentation – évoquent la guerre, l’exode et la destruction. Incapables d’effacer de leur mémoire certaines images, les enfants, en classe de dessin, représentent des chars, des hélicoptères, des cadavres. Et les mères ont beau faire, elles n’oublieront jamais les pauvres petites victimes de l’exode, mortes d’épuisement au bout de semaines de privations, accrochées à leur dos.

Normalement, les réfugiés ne devraient passer que deux mois au camp. Les responsables militaires souhaitent qu’ils s’organisent de façon autonome le plus vite possible et, à cet effet, des cuisines collectives ainsi qu’une épicerie seront implantés prochainement. Grâce aux gendarmes, qui se sont chargés des photos d’identité, les trois cent trente-cinq réfugiés ont obtenu un récépissé rose, titre provisoire avant la délivrance d’un certificat ouvrant droit à une carte de séjour de dix ans.

Kak Rachid et ses pommiers


Le rêve de ces paysans? S’installer et faire revivre un ou deux villages à demi abandonnés, dans des régions, Auvergne ou Pyrénées, qui leur rappellent leur patrie. Mais ils reconnaissent qu’il est difficile de prendre une décision alors qu’ils n’ont pratiquement rien vu de la France. Samedi dernier, M. Béraud, maire de Bourg-Lastic, et sa femme Raymonde ont reçu dans leur maison Kak Rachid, 56 ans, et sa femme Fatiha, accompagnés d’un de leur fils, d’un cousin et de leur petite fille: autour d’une tasse de café et de crêpes, ils ont évoqué leurs expériences de paysans français et kurdes. M. Béraud a nettement impressionné ses visiteurs kurdes en leur apprenant que ses vaches produisaient 15 à 20 litres de lait par jour ! Mais Kak Rachid a marqué un point en disant à ses hôtes qu’il possédait (l’imparfait est de rigueur : tout a été rasé par l’armée irakienne) environ cinq mille pommiers ! Ensuite, M.Béraud (qui est entrepreneur de travaux publics) a fait les honneurs de la ferme de son fils Thierry, 26 ans, qui possède une soixantaine de vaches. Kak Rachid a été ébloui par l’installation de trayeuses électriques et tout surpris d’apprendre que les faux étaient des" instruments bons pour le musée ".

Bourg LasticVerra-t-on bientôt des Kurdes vivre en Auvergne comme les grands-parents de M. Béraud il y a soixante ans? C’est un peu le conseil que formule M. Béraud, en suggérant à Kak Rachid de "faire un peu de tout, du lait, du veau, un peu de moutons, un peu de céréales, des pommes de terre. en faisant beaucoup de choses à la main au début" pour ne pas crouler sous les emprunts d’équipement.

À la fin de la visite, Mme Béraud a donné à Fatiha une bouteille de lait, en lui souhaitant bonne chance en France. Au camp, Sardar, un jeune Kurde, chantait en s’accompagnant de son saz, une espèce de luth kurde, une chanson dont les paroles ont été écrites par un pechmerga (maquisard) tué au front : " Mon tambour est un pechmerga, il crie pour notre peuple, c’est la voix des pauvres, c’est un laboureur, mon tambour ".

VSD 24 Août 1989










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