CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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GUATEMALA: Fin de siècle en pays indien...

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Lavandières au bord du lac AtitlanAu nord du lac Atitlan, dans la sierra de los Cuchumatanes, Todos Santos Cuchumatan est une petite ville ensommeillée qui sort une fois par an de sa torpeur -- le 1er novembre, pour la fête de tous les Saints. Mais même cette fête, qui était l’une des plus belles du Guatemala indien, est victime de la misère du pays -- et de la désagrégation de la société indienne: de plus en plus cette fête devient un spectacle, monté par des dirigeants de la communauté indienne, pour faire survivre une certaine image du monde indien, ou l’image qu’ils s’en font. Un symbole de leurs efforts pour préserver leur identité. 

Fondée en 1549, 25 ans après la conquête du Guatemala par les Espagnols, San Juan Comalapa, plus connue sous le nom de Comalapa, est une petite ville de 20.000 habitants: elle est habitée par une immense majorité (96,5 %) d’indiens  -- les descendants des Cakchiquels, qui formaient avant la Conquête l’un des principaux royaumes Mayas de l’altiplano.

Miguel Chavez, peintre, Santiago AtitlanComalapa vit aujourd’hui de l’artisanat, du tissage des “huipiles” (les chemises brodées des femmes)  et des “cortes” (pièce de tissu que les femmes portent comme une jupe); et aussi de l’agriculture; comme partout au Guatemala, ces Indiens vivent très mal -- c’est la misère du “capitalisme du centavo” (du centime) -- d’autant plus mal que la ville a terriblement souffert du tremblement de terre de 1976, qui fit plus de 1.500 morts. Et de la “violencia” -- la guerre civile larvée qui fit entre 2.000 et 3.000 victimes dans cette seule ville au début des années 80. Mais ce qui distingue Comalapa des villes voisines, c’est que depuis quelques années plusieurs dizaines de ses habitants -- des indiens qui savent à peine lire et écrire -- espèrent sortir de cette misère grâce à la... peinture.

Sortir de la misère grâce à la peinture

Delia Florida Simon, ComalapaQuelques dizaines de kilomètres plus à l’ouest, le gros  village de Santiago Atitlan, s’étend sur l’un des plus beaux sites du monde, sur la rive du lac Atitlan, au pied de trois volcans, les volcans de San Pedro, de Toliman et l’Atitlan, qui tous les trois culminent à un peu plus de 3.000 mètres. Le plus important des douze villages qui entourent le lac, Santiago Atitlan est habité par des indiens Zutuhils, à la différence des autres villages, peuplés de Cakchiquels. Comme les autres indiens du lac, ils vivent, chichement, de la culture de leurs “milpas” (champs de maïs) et de la pêche; mais aussi, comme à Comalapa, de... la peinture.

À Comalapa c’est un certain Andres Curuchich (1891-1969) qui a eu le premier l’idée de représenter sur des toiles des scènes tirées de la vie quotidienne des Indiens de sa ville.  Il aurait commencé à peindre dans les années 30 sur des planches et ... la toile des sacs de farine. Andres Curuchich, qui n’avait jamais reçu de leçons de peinture, était un vrai peintre “primitif” ou “naïf” qui peignait pour son plaisir, sans imaginer qu’il pourrait un jour vendre sa production. “Découvert” une vingtaine d’années plus tard, vers 1950, par un homme d’affaires de la capitale qui a acheté un certain nombre de ses oeuvres, il a commencé à exposer au Guatemala et à l’étranger (USA), et à gagner des sommes relativement considérables avec sa peinture: il fut tout naturellement imité par un de ses fils, Vicente, né en 1925; et par d’autres habitants de Comalapa. Aujourd’hui la peinture est devenue une véritable “industrie”, si l’on peut dire, à Comalapa, où l’on compte plusieurs dizaines de peintres -- et parfois plusieurs dans une même famille.

Des dynasties de peintres

C’est ainsi qu’Ivan Gabriel Samol (39 ans) a un plus jeune frère, Julian (35 ans) qui est lui aussi peintre de talent. (Un troisième frère, plus âgé, travaille l’argent). C’est ainsi que Julian Chex, né en 1930, a enseigné la peinture à ses fils Rigoberto et Erwin, né en 1961, dont la femme, Victoria Cumez, est elle aussi peintre. Victoria n’est pas la seule femme peintre à Comalapa: Salvador Simon, qui avait appris à peindre dans l’atelier de son beau-père Santiago Tuc-Tuc, a à son tour initié sa fille, Delia Florinda...  Parfois toute une famille travaille sur la même oeuvre: Ascunsion Simon, âgé d’environ 59 ans, a commencé à peindre des coffres en bois il y a 3 ans; il est aidé par son fils Miguel-Angel, âgé de 17 ans. Ils vendent leurs coffres peints aux touristes de passage, et les mettent en dépôt dans une galerie de la capitale. Manifestement, la famille vit très chichement, et ils misent beaucoup sur la vente de leurs oeuvres pour sortir de la misère.. Filiberto, 32 ans, le fils aîné, marié, vit dans une maison voisine et en fait autant.

À Santiago Atitlan c’est un certain Juan Sisay qui a, comme Churuchich à Comalapa, eu le premier le goût de peindre, à une époque où cet art était totalement inconnu dans cette bourgade indienne. Mort en 1989 à l’age de 69 ans, Juan Sisay a très vite cherché à vendre ses oeuvres, mais sans grand succès, si l’on doit croire un de ses élèves, Miguel Chavez: “ Il partait à la capitale avec ses peintures sur le dos, mais personne n’achetait; ou si on lui achetait une toile, c’était très bon marché: il a eu une vie très dure, et il avait pratiquement cessé de peindre quand j’ai commencé à travailler avec lui.  Miguel Chavez prétend qu’ensuite Juan Sisay signait les tableaux que lui, Miguel, peignait; Miguel Chavez travailla ainsi une dizaine d’années avec Juan Sisay; mais comme il épousa sa fille, on ne sait trop qui profita de qui...

Juan Sisay eut de nombreux autres élèves, parmi lesquels Manuel Reanda (né en 1948), qui commença à étudier avec lui à l’age de 16 ans, de 1965 à 1971. Manuel Reanda aussi signa de nombreuses toiles de Juan Sisay -- entre autres celle qu’on lui commanda à l’occasion de la visite du Pape, un paysage du lac d’Atitlan: “j’ai même fait la dédicace”. Mais Manuel Reanda reconnaît que Juan Sisay fut leur maître à tous, le premier des “primitifs rustiques”: “Il peignait par exemple un paysage du lac, en dessinant sur son tableau un arbre plus grand, avec ses feuilles, que le volcan.” Manuel Reanda se qualifie, lui, de “primitif classique”.

Il y a aujourd’hui de nombreux peintres à Santiago Atitlan -- village extrêmement touristique, en face de Panajachel, destination favorite des hippies américains -- mais ce n’est pas encore une “industrie” comme à Comalapa. Certains peintres de Santiago Atitlan qui ont exposé aux Etats-Unis, n’hésitent pas à demander plusieurs centaines de dollars pour une oeuvre -- ce que n’ont pas l’idée de réclamer leurs collègues de Comalapa. Mais très peu ont réussi à se constituer un réseau de clients et de galeries à l’étranger.

Pour la plupart, ces peintres sont encore des paysans, qui partagent leur temps entre le chevalet et la milpa. Si certains ont vraiment une vocation d’artistes, d’autres travaillent la peinture comme des artisans, avec l’espoir d’échapper à leur sort: “Le problème majeur, c’est la pauvreté” dit l’un d’eux “Vous n’imaginez pas la vie dans les hameaux: dans la plupart des “aldeas”, il n’y a pas d’électricité: on s’éclaire à la flamme d’un bout de bois, l”ocote”. La terre est froide et ne produit pas grand-chose; il y a beaucoup de parasites, et les insecticides et les engrais coûtent cher. Mais surtout, nous n’avons pas de terres: les riches -- mais ils sont pauvres -- possèdent 10 à 15 “cuerdas”; le plus souvent, les paysans ont 3 ou 3 cuerdas. Et les pauvres... ils n’ont rien du tout, que le terrain autour de leur maison. Et une “cuerda” produit 50 livres de maïs par an!” 

Et il n’y a pas non plus de travail. Si on va sur la côte pour la récolte du café, on travaille de 3 heures du matin à 7 heures le soir, pour gagner 3 à 5 quetzales par jour -- au lieu des 10 quetzales normaux... Et nous ne pouvons pas envoyer nos enfants à l’école: à 6-7 ans, ils travaillent avec nous au café; ceux qui ont cinq ans gardent les plus petits”.

On comprend que l’espoir de vendre une peinture 300 à 400 Quetzales (cent jours de travail dans une finca de la côte) ait suscité ou encouragé de nombreuses vocations d’artiste... Presque tous ont eu la même histoire: Miguel Chavez n’est allé que deux ans à l’école primaire, et c’est pendant la première année, dans une école spéciale (aula de castellanizacion) qu’il a appris ses premiers mots d’espagnol. Au bout de deux ans, son père lui a dit: “maintenant il faut travailler dans les champs avec moi.” Et c’est en fin d’après-midi, au retour de la milpa,  qu’il a commencé à dessiner, à 15 ans... Comme Manuel Reanda, qui avait commencé à reproduire dans la première classe de l’école primaire les dessins qu’on lui montrait pour lui apprendre l’Espagnol, Miguel Chavez a eu très tôt la vocation.

Delia Florinda Simon, la fille de Salvador Simon, a fait des études de comptabilité. Mais elle préfère peindre: elle peut travailler chez elle. Quant à Victoria Elisabeth Cumez, la femme d’Erwin Chex, elle dit franchement qu’elle peint un tableau en quelques jours -- alors qu’il faut des semaines pour broder un “huipil”!

Ascunsion Simon, qui peint des coffres en bois, entre plus probablement dans la catégorie de ces “artistes” qui voient dans la peinture un moyen d’échapper au drame de la misère: il a commencé à peindre à plus de 50 ans. Et son fils Miguel-Angel (17 ans) qui l’aide à l’atelier de peinture -- un recoin de leur cabane en madriers de bois -- a interrompu ses études à la fin de l’école primaire:”il n’y a pas d’argent à la maison, m’a dit ma mère.” Filiberto Simon, qui peint tout en cultivant sa “milpa”, est resté pendant un an sans vendre une seule oeuvre. Cela va mieux depuis qu’il en dépose dans une galerie de Antigua. Sa femme tisse, et gagne 1,5 à 2 Quetzales par jour -- pas plus, car elle doit s’occuper de sa maison et de ses enfants. Leurs oeuvres sont assez stéréotypées, les mêmes scènes sont reproduites sur plusieurs coffres; mais il ne faut pas minimiser leur art -- et la vision qu’ils projettent de l’univers des indiens du Guatemala.

Les thèmes de la peinture “primitive” du Guatemala

Presque tous ces artistes peignent des scènes de la vie quotidienne des Indiens, comme elle se déroule encore aujourd’hui, et surtout comme elle se déroulait dans leur enfance, ou, au plus, au début du siècle. On peut distinguer trois thèmes principaux d’inspiration:

-la vie quotidienne des Indiens Mayas (scènes de cuisine à l’intérieur de la hutte; femmes lavant le linge à la “pila”; les costumes; chez le “dentiste” ou chez le “shaman” (sorcier), ou ... en prison.)

-les diverses étapes de la vie (le mariage y tient une grande place: jeunes filles à la fontaine courtisées par les jeunes gens; la cérémonie du mariage avec les “compadres”; la mariée et sa corbeille; les mariés devant l’église; danses)

-les thèmes religieux (bénédiction de la moisson; procession de la semaine sainte; foire de la Saint-Jean; combat de taureaux; danses des Maures; fête de la Toussaint; le brasier du diable; les “cofradias”)

Ce qui frappe peut-être le plus, c’est que tous ces artistes peignent fidèlement leur ville (Comalapa ou Santiago Atitlan)... comme elle se présentait il y a quelques dizaines d’années:

sur ces tableaux l’église San Juan de Comapala est peinte comme elle était avant sa destruction par le tremblement de terre de 1976: aujourd’hui seule sa façade tient encore debout... Et  ils peignent  de ravissantes maisons construites avec des briques de terre, et des toits de tuiles, alors qu’aujourd’hui elles sont toutes construites avec des parpaings en ciment et recouvertes de tôles ondulées... De même les vêtements des hommes et des femmes figurant sur ces tableaux ressemblent souvent aux “huipils” et aux “cortes”, et aux pantalons brodés des grands parents des artistes.

De très nombreuses influences, souvent très contradictoires, s’exercent en effet sur eux. Si certains, comme Miguel Chavez, voient une scène qui leur plait, ils la peignent, en l’interprétant certes. Le problème, dit Miguel Chavez, c’est que “quand des gens voient chez moi un tableau qui leur plait, ils me disent: faites-en un autre... Moi, je suis un artiste, je veux faire ce que j’ai envie de peindre”

Mais souvent quand des peintres constatent qu’un tableau, qu’ils voient dans une galerie ou sur une carte postale, a un succès commercial, ils le copient. Des peintres de Comalapa ou de Santiago Atitlan peignent des scènes de vie quotidienne à ...  Chichicastenango, parce que cette ville est très populaire auprès des touristes.

Ces peintres sont, plus ou moins consciemment, gardiens de leurs traditions -- des traditions qui sont menacées par le désir de nombreux indiens d’oublier leurs origines, et par les progrès du protestantisme, et de ses sectes évangélistes, au Guatemala (qui a élu un président protestant en 1990).“La religion efface les traditions,  dit Miguel Chavez... Les catéchistes évangélistes surtout; ils disent: “pourquoi vous prosternez-vous devant ces images, devant des bouts de bois qui ne parlent pas? ” et ensuite, les Catholiques ont honte à leur tour.” Miguel Chavez et Manuel Reanda, à Santiago Atitlan, ont peint de nombreuses toiles reproduisant les cérémonies des “cofradias”, ces confréries fondées vers 1560, qui permettaient aux laïques de participer à la vie religieuse de la communauté. Avec d’autres peintres de Comalapa ils ont peint aussi des tableaux représentant le Max Simon, ou San Simon, personnage fantastique représenté par une statuette à visage humain, habillé à l’européenne, fumant cigare et portant des lunettes de soleil; pour les Indiens, qui le soignent et l’habillent comme un humain, le Max Simon a le pouvoir d’intercéder en leur faveur, et de leur apporter guérison, fortune, amour et protection contre les ennemis.

La mort lente des cofradias

Mais les “cofradias” se meurent lentement, comme les autres traditions: à Todos Santos Cuchumatan, Don Pascual, l’un des derniers gardiens de la maison de la “cofradia” de la ville, se demande avec tristesse ce qu’il adviendra des documents précieux de la confrérie après sa mort. La maison restera fermée, et les fidèles allumeront des bougies sur le pas de la porte: déjà aujourd’hui très peu de gens viennent encore ici... il y en a qui sont évangélistes, d’autres sont adventistes; peut-être la moitié des gens disent qu’il ne faut pas croire dans ces choses: ils ne veulent pas le testament des Vieux, mais le Nouveau Testament”.

La fête annuelle de la Toussaint à Todos Santos Cuchumatan, célébrée avec un faste extraordinaire depuis plusieurs siècles, survit difficilement. Échelonnée sur trois jours, la fête comprend notamment, le 1er novembre, une course de chevaux et plusieurs danses -- le bal des Maures (baile de los Moros), le bal du chevreuil (el baile del venado) (el baile de los combites). Le 2 novembre, toute la population va au cimetière pour retrouver les morts, en jouant de la marimba, et en buvant force alcool.

Le manque de ressources explique en partie les difficultés rencontrées par les organisateurs de la fête:   tout cela coûte très cher. La course de chevaux est disputée par une quinzaine d’équipes de 4 cavaliers, ayant chacun à leur tête un “capitan”: chaque “capitan” doit louer les chevaux, payer la location d’une “marimba”, et nourrir toute son équipe, au total environ 40 personnes: cela représente entre 5.000 et 6.000 Quetzales, somme énorme pour ces villageois. Il faut aussi louer les costumes et les masques pour les danses. Cela pose de tels problèmes financiers que l’année dernière il faillit n’y avoir aucune danse; et ce n’est qu’au dernier moment qu’un groupe d’instituteurs regroupés au sein du comité “tradiciones para manana” a sauvé la fête en réunissant les fonds  nécessaires pour organiser au moins un spectacle de danse -- la “danse des Maures”.

Mais les problèmes financiers n’expliquent pas tout: la fête se meurt lentement parce que la communauté indienne du Guatemala est en proie à une profonde crise d’identité: “Nous avons perdu beaucoup de nos traditions depuis 20 ans, constate avec tristesse Julian Mendoza, un instituteur de Todos Santos Cuchumatan qui fait partie du comité “tradiciones para manana.” “Nous sommes une quinzaine de professionnels à Todos Santos, mais nous ne sommes que 3 ou 4 à conserver nos traditions, parler notre langue, porter notre costume, garder nos coutumes. Moi je vais à l’école, et à la capitale, avec mon costume traditionnel. Mais beaucoup ne le portent plus du tout, ils ont oublié leur langue; certains vont même jusqu’à épouser une femme “ladina”: certains ont tellement honte de venir d’ici qu’ils vont jusqu’à changer de nom: ils sont passés à une autre culture. Mais moi je peux aller ici ou là, mais je sais qui je suis.”

Ce qui est assez paradoxal, c‘est que pendant des années les Indiens ont accepté leur état d’infériorité, et cru que seuls les “ladinos” (ceux qui ont adopté les coutumes, le costume, et la langue des Espagnols) pouvaient devenir instituteurs, ingénieurs ou médecins. Maintenant ce n’est plus le cas: la communauté indienne de Todos Santos compte aujourd’hui deux médecins, un ingénieur, deux agronomes et deux comptables, et une dizaine d’instituteurs: mais, comme le constate avec amertume Julian Mendoza,”sauf les instituteurs, ceux qui sont allés étudier à l’extérieur sont tous perdus pour nous: ils se sont “ladinisés”: ils ne parlent plus le mam, la langue de Todos Santos, mais l’Espagnol.”

Todos Santos a beau être peuplé d’une très grand majorité d’indiens, il y a quelques “ladinos” dans le conseil municipal: le jour de la fête traditionnelle, ils organisent leur “bal social”, un bal avec un orchestre moderne, dans la salle communale, un bal auquel on ne peut aller qu’en payant un droit d’entrée: quelques indiens, encore vêtus de leur costume traditionnel, manifestement séduits par les attraits de la “modernité” ou de la “civilisation”, tentent de danser au rythme d’un air de rock... sans doute les verra-t-on bientôt habillés à l’européenne...

Pendant ce temps-là, la course de chevaux se poursuit, pendant des heures. Souvent ivres-morts, les “capitanes”  tiennent à peine sur leurs chevaux. “Nous avons une vie assez triste, explique Jose Calmo Cruz, un autre instituteur du comite “tradiciones para manana”; les paysans travaillent sur leurs terres de l’aube au coucher du soleil, tous les jours, sans se reposer: dans toute l’année c’est le seul jour de divertissement;  alors nous buvons, pour oublier le travail, la famille, les douleurs, les problèmes d’argent: c’est une libération... C’est une tradition qui nous vient des siècles passés. Les catéchistes disent qu’adorer Dieu comme nous le faisons avec nos coutumes, aller avec les Chamanes, c’est se compromettre avec le Diable. Mais ce n’est pas vrai, si nous faisons un sacrifice à Dieu, il nous aidera, il nous protègera”.

(inédit)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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